2 & 3 novembre : Début de la Science au camp de base.
Notre refuge est tenu par une dizaine de personnes Boliviennes. C’est grâce à eux que nous pourrons nous déplacer, manger à notre faim et goûter à de délicieuses soupes faites maison à chacun de nos retours du terrain. Ils nous donnerons aussi un aperçu de la culture bolivienne. Quelques minutes après notre arrivée, le premier novembre, j’avais eu le plaisir de rencontrer pour la première fois Macario, le responsable de nos guides pour cette expédition. Il est un habitué des missions High Lakes, et était devenu presque un mythe pour moi. Lorsque je l’ai vu, j’ai eu du mal à réaliser. La peau tannée et brunie par le soleil et la rudesse du climat, souriant plein d’humilité lors des présentations aux nouveaux membres, dont je fais partie, il incarne pour moi l’image que l’on peut se faire du guide Bolivien, dont la force physique et l’endurance n’est plus à démontrer.
Ces deux journées ont marqué le départ de notre mission scientifique.
Voici un aperçu de nos réalisations :
- Revue des stations UV des années précédentes :
Nous consacrons la journée du 2 novembre à la revue de stations installées autour de la Laguna Blanca (la plus grande des deux lagunes, en face de notre refuge.) et de la Laguna Verde, au cours des précédentes missions High Lakes. Ces stations ont pour objectif d’étudier les mécanismes d’adaptation des organismes soumis à d’intenses rayonnements UV (2 fois plus intenses qu’au niveau de la mer). Certains organismes sont protégé des UV par un plaque opaque, d’autres non. Nous les avons laissé se développer pendant 1 an ou plus, et nous analysons à présent les résultats. Sur les douze stations examinées, 6 pourront donner lieu à des prélèvements suivis d’analyses. Pour des expériences réalisées dans des conditions aussi difficiles, ce nombre est un véritable succès, même si certaines stations semblent avoir été perturbée et rendue improductive par d’autres facteurs que climatiques… Nous garderons en mémoire le chiffre 11 qui est le numéro de la station la plus intacte, et présentant de spectaculaires résultats. Une grande diversité d’organismes s’étant développés, après un premier examen visuel, dans l’environnement protégé des rayonnements UV.
- Prélèvement in situ de copépodes, organismes mesurant O.5-1mm peuplant la Laguna Blanca et faisant le festin de centaines de flamands roses nichant dans la région en ce printemps 2006.
La Laguna Blanca pullule de ces organismes. Durant les années précédentes, on a aperçu ces mêmes copépodes dans le lac sommital du Licancabur. L’objectif est d’étudier s’il y a une quelconque parenté génétique entre la colonie de la Laguna Blanca et celle du lac sommital. Pour cela, nous devons prélever des échantillons de la Laguna Blanca (nous en prélèverons aussi au sommet du Licancabur dans une semaine.). Équipés de nos bottes étanches, nous commençons par observer attentivement l’endroit où se nourrissent les Flamands dans la Laguna Blanca ce matin, sachant qu’ils vont aux endroits où la nourriture est la plus abondante. Puis nous nous dirigeons vers la pointe d’une presqu’île où la majorité des flamands se repaissent, avec grande élégance. Avec nos filets à plancton, nous balayons la surface de l’eau, recueillant un maximum de copépodes que nous enverrons dans différents laboratoires pour analyses génétiques. Nous sommes par groupes de deux. Je suis avec Rob, et nous alternons les rôles régulièrement : lorsque l’un « pêche », l’autre recueil les copépodes dans nos bouteilles de stockages et les marque.
Nous nous aventurons à plusieurs dizaines de mètres de la côte pour nous rapprocher des flamands : le vent souffle très fort, et même protégé par nos coupes vent et polaires, nous avons froids… C’est une pêche en conditions extrêmes, au service et de la science… On se régale !
Nouveau membre mentionné
« Rob » : Il est ingénieur en électronique et est plongeur au cours de cette mission. Il est très bon bricoleur et participe à l’installation des expériences, moyens de communications et à la logistique scientifique sur le terrain.
Matthieu Galvez